03/10/2006
Les lacs de Band-e-Amir
Six lacs légendaires à la couleur turquoise
A l’ouest de Bamyan, dans une nature inviolée, se trouvent les six lacs de Band-e-Amir. Ces lacs suspendus sont retenus par des digues naturelles et se déversent l’un dans l’autre. Ce sont les plus grandes vasques de travertin du monde (carbonate de calcium, type de calcaire).
Leur longueur varie de 100 m à 7 km. Les 3 plus grands sont retenus par des barrages en fer-à-cheval de 2 à 3 m d'épaisseur et dont la hauteur varie entre 8 et 10 m. L'eau remplit les barrages à ras bord, d'où elle s'écoule parfois en cascades.
La légende raconte qu’Ali, le gendre du prophète entama la montagne avec son sabre pour construire un barrage à l’endroit d’une source abondante. D’immenses rochers s’amassèrent, fermant ainsi le premier barrage, le Band-e-Zulfakar (« barrage du sabre »). L’eau débordant de ce premier barrage, Ali en construisit un autre avec des plantes arrachées aux collines. Il forma ainsi le Band-e-Pudina (« barrage de la menthe »). Il vit ensuite venir des femme Hazaras lui offrir des fromages. Il s’en servit pour créer un troisième barrage, le Band-e-Panir (« barrage du fromage »).
Grâce au concours des esclaves envoyés par le roi Zamar pour aider Ali dans sa tâche, trois autres barrages furent ajoutés : le Band-e-Haibat (« barrage du prestige »), le Band-e-Kambar (« barrage du palefrenier »), et le Band-e-Gholaman (« barrage des esclaves »).
11:25 Permalink | Comments (0) | Email this
Le minaret de Jam
Un véritable joyau au creux des montagnes de l’Afghanistan
A 1900 mètres d’altitude, le minaret de Jam se dresse dans un décor spectaculaire au confluent des rivières Hari Rud et Jam Rud. Avec sa hauteur de 65 mètres, c’est la deuxième plus haute tour en briques du monde. Une inscription permet d’en dater la construction à 1194.
Le minaret marque probablement l’emplacement de la ville de Firuzkoh, capitale mythique de l’empire ghoride (1000/1215) qui régna sur l’Afghanistan et le nord de l’Inde. Erigé pour célébrer la victoire à Delhi du Sultan Ghiyas Ud-Din sur l’empire Ghaznavide, on l’appelle aussi « tour de la victoire ».
La ville fut ravagée par le Mongol Ogödei en 1222. Epargné, le minaret fût oublié par le monde extérieur. Il fût redécouvert en 1957 par l’archéologue André Maricq.
Superbe exemple de la créativité architecturale et de la maîtrise des techniques de construction de cette époque, c’est l’un des rares vestiges de la période ghoride. Véritable prouesse architecturale, sa beauté est toujours intacte. Le minaret est constitué de quatre tours cylindriques fuselées sur une base octogonale. A l’intérieur, un escalier hélicoïdal mène au sommet. Sa surface est recouverte de briques finement travaillées qui forment des motifs géométriques harmonieux et dessinent des inscriptions coraniques.
Le minaret de Jam a été inscrit au patrimoine mondial par l’UNESCO en 2002. C’est un site en danger. En effet, ses fondations sont menacées par les crues et l’érosion des cours d’eau. Le minaret penche dangereusement. Des fouilles sauvages sont réalisées autour du monument.
11:20 Permalink | Comments (0) | Email this
03/03/2006
Qui es-tu?
D’où viens-tu ?
Où vas-tu ?
Tu vas vendre tes chevaux ?
Pourquoi avez-vous trois chevaux alors que vous n’êtes que deux ?
Qu’est-ce que tu as dans ton sac ?
Es-tu fatigué ?
De quel pays viens-tu ?
Que fais-tu ici ?
Es-tu docteur ?
Pourquoi voyages-tu à cheval et pas à moto ?
Combien t’a coûté ta selle ?
Es-tu marié ?
Combien vaut une femme dans ton pays ?
Où as-tu appris à parler farsi ?
Quelle est ta religion ?
Fait-on la prière chez toi ?
Que penses-tu du peuple afghan ?
Tes parents sont-ils vivants ?
Peux-tu me prendre en photo ?
Quelle est la monnaie de ton pays ?
Quel est ton métier ?
Quel est ton salaire ?

Je viens de Bamyan et je vais à Naïak.
Je suis fatigué et je cherche un endroit pour la nuit.
Je suis français. Je ne suis ni américain, ni russe, ni anglais. Bref, je suis un gentil...
Je viens ici pour voir comment vous vivez.
Non, mes chevaux ne sont pas à vendre.
Je voyage à cheval parce quu’à cheval je peux aller partout où la voiture ne va pas, parce qu’à cheval je vois tout et je peux découvrir les lieux, parce que j’aime les chevaux.
J’ai appris à parler farsi quand j’habitais à Faryab.
Je ne suis pas marié. J'ai 26 ans mais dans mon pays on se marie plus tard que chez vous.
La femme est libre en France, on ne doit pas payer pour se marier.
Mes parents sont toujours vivants.
Je suis chrétien, je ne suis pas kafir (païen).
Nous aussi nous n’avons qu’un seul Dieu et il nous a donné un livre.
Oui, nous aussi nous faisons la prière mais différemment et pas forcément cinq fois par jour.
Je suis ingénieur (ce n’est pas vrai, mais c’est plus simple à expliquer ainsi).
Je gagne 2000 dollars par mois. C’est beaucoup mais tout est très cher dans mon pays. Ma chambre, par exemple, me coûte 600 dollars par mois.
La monnaie de mon pays, c’est l’euro.
Oui, je peux te prendre en photo….
11:55 Permalink | Comments (0) | Email this
Malminj
Ce matin là, nous partons en compagnie d’un jeune homme désigné par le chef du village pour nous guider dans le désert de loess qui ondule à l’infini sous un ciel azur. Collines jaunes, blêmes et ocres… Après quelques heures de marche, alors que nous croyons être perdus, la gorge de la rivière Berenji se présente à nos yeux. Nous nous y engouffrons, menant les chevaux à la longe, et puis, doucement, nous remontons de l’autre côté du plateau. La nuque pliée, la langue gonflée par la soif imposée du ramadan, nous continuons, toujours plus à l’Est. Le décor change, le terrain devient de plus en plus pierreux. Les collines s’ouvrent ça et là pour laisser remonter à la surface les tâches brunes de la roche.
En milieu de journée, nous atteignons le canyon de la rivière Murghab. Le petit filet turquoise de l’eau se déroule quelques centaines de mètres plus bas sous nos pieds. Le spectacle est vertigineux et saisissant… Trois jeunes hommes sont à la chasse. Equipés de kalachnikovs, ils cherchent la perdrix et le pigeon. L’un deux tient un paravent. C’est une pièce de tissu jaune, tendue sur un cadre de bois, et sur laquelle sont brodés des motifs grossiers représentant des oiseaux. Le chasseur se cache derrière pour approcher au plus près ses cibles avant de faire feu. Paow ! Raté… le coup résonne entre les parois du ravin… Shamsuddin tente sa chance avec plus de succès, nous mangerons une perdrix ce soir.
C’est ici que nous quittons notre guide. Zenda bashi ! Khoda Hafiz ! Sois vivant et que Dieu te garde ! Nous attaquons à pied la descente vers le lit de la rivière. Une heure plus tard nous marchons au bord de l’eau. Enfin un peu de fraîcheur… Nous traversons le village tadjik de Kundagh. 300 familles y sont installées, à l’ombre d’arbres centenaires, dans des maisons rondes construites en roseaux qui rappellent les yourtes des nomades. Les femmes ne sont pas voilées, elles portent fièrement les couleurs vives de leurs vêtements. Elles sont occupées à tisser des tapis de laine. « Es-tu docteur ? Où vas-tu ? Tes chevaux sont-ils à vendre ? »
Nous dépassons le minaret de Kushk Awash dont la base des murs trône toujours au milieu de la vallée, et en fin de journée nous arrivons, épuisés et fourbus, à Malminj. Le village est construit sur le flanc de la paroi. Il compte 100 familles l’hiver et 800 l’été. Il n’est pas marqué sur mes cartes… Nous sommes accueillis par le fils du commandant Amir Big. 14 ans, les yeux bordés de khôl, il fume clope sur clope et se comporte comme un homme. Son père est malade, alors c’est lui qui assure l’intendance. Il commande comme un chef et tient à montrer son autorité. Il nous installe dans la maison des invités et nous fait servir du thé à la nuit tombée. Il est intrigué, par moi, l’étranger, et par Shamsuddin, le moudjahidin. Nous le questionnons sur le village et ses activités. Il nous raconte des histoires de guerre et de batailles…
Ici, comme dans beaucoup de villages alentours, le pavot est la principale source de revenus. Le kilogramme d’opium (« tariak ») se vend 5.000 afghanis, soit 100 dollars. C’est le prix courant. Notre jeune hôte nous en présente un joli pain en vantant sa qualité. Plus tard dans la soirée nous sommes rejoints par le père. Poussé par la curiosité, il a quitté son lit. Il a les traits tirés et les joues creusées par la maladie… Après quelques formules de politesse, il me décrit ses problèmes de santé. Je ne peux rien faire, je lui donne quelques cachets d’aspirine. Qu’est-ce qu’un étranger vient faire ici ? Pourquoi se déplacer à cheval ? Malgré les questions et les suspicions de premier abord, l’hospitalité est offerte généreusement…
Comment la vie est-elle dans le pays dont je viens ? De mémoire d’homme aucun étranger n’est jamais passé dans le village. Pourtant ils connaissent la France pour l’aide qu’elle a apporté à la résistance contre les Russes. Et aussi pour son opposition à la guerre en Irak… Quel est mon salaire ? Pourquoi, malgré mon âge avancé (26 ans !), ne suis-je toujours pas marié ? Et combien coûte une femme en France ? Les femmes sont très chères ici : 25.000 afghanis, contre environ 10.000 à Maimana. On peut supposer qu’elles sont très belles… Amir Big me soumet une requête et exige que je la mette par écrit dans mon carnet sous ses yeux : Je dois lui trouver une jeune fille française car il veut prendre une deuxième femme. J’ai beau lui expliquer les différences entre nos cultures et les difficultés de cette entreprise, il ne veut rien entendre et insiste lourdement.
Le village est riche, il y a une école et une clinique. Mais il n’y a pas d’électricité. Je soumets une idée au commandant: Pourquoi ne pas demander une petite contribution à chaque famille pour acheter une dynamo et construire un moulin sur la rivière? Il pourrait ainsi fournir de l’électricité à tous et rentabiliser le projet par un forfait de 50 afghanis par mois et par ampoule, ce qui revient bien moins cher que l’utilisation d’une lampe à pétrole. La proposition a l’air de faire son chemin, mais je ne crois pas que sa conviction soit assez forte pour mener l’entreprise à bien.
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